APRÈS plusieurs hésitations, les États généraux de la justice, tant réclamés par les magistrats, les auxiliaires de justice, mais aussi par les justiciables, se sont finalement tenus à la Chambre de commerce de Libreville du 09 au 12 juillet 2003. Un grand nombre d'acteurs de la justice ont répondu massivement à appel du gouvernement hautement représenté à la cérémonie d'ouverture présidée par le Premier ministre chef du gouvernement, Jean-François Ntoutoume Emane.
Le principal objectif visé par l'organisation de ces retrouvailles était de réfléchir sur la refondation du système judiciaire gabonais afin de l'adapter aux exigences du Ille millénaire. Et, le moins que l'on puisse dire à ce sujet est qu'elles sont effectivement nombreuses. Elles sont d'ordre structurel et humain. Et les acteurs de la justice, tout comme les autorités de ce secteur en sont conscients.
D'ailleurs, au regard de la nature des thèmes développés au cours de ces États généraux de la justice, on remarque que les organisateurs sont parfaitement au fait des grands défis qui se posent au système judiciaire gabonais. Les participants ont, par exemple, évoque les problèmes relatifs au recrutement et à la formation des. personnels judiciaires, à l'exécution des décisions de justice, aux relations entre le service judiciaire et l'administration pénitentiaire, au fonctionnement des juridictions, aux conditions de travail des personnels judiciaires, au rôle des auxiliaires de justice, etc.
A l'ouverture, les intervenants ont confirmé le constat que les uns et les autres avaient déjà fait en d'autres lieux et à d'autres occasions. Notamment lors des rentrées judiciaires. L'unanimité s'est faite essentiellement sur l'existence de plusieurs difficultés auxquelles se trouve confrontée la justice gabonaise. D'aucuns parmi les autorités présentes à la cérémonie d'ouverture, ont reconnu le caractère fondé des récriminations contre le système judiciaire des justiciables.
C'est donc en connaissance de tout cela que les administrés de Mme Honorine Dossou Naki, la ministre de la Justice, garde des Sceaux, ont réfléchi sur les moyens d'améliorer ou corriger les manquements relevés dans leur administration. Leurs travaux ont été sanctionnés par une série de recommandations que l'on peut considérer comme très adaptées aux objectifs visés (lire L'Union Plus de lundi 14 juillet 2003).
Dans l'ensemble, on peut tirer quelques enseignements de ces assises. D'abord, le fait que, tout comme les magistrats et autres acteurs de la justice, les autorités, notamment le gouvernement, savent désormais les remèdes à administrer au système judiciaire gabonais dont tout le monde a toujours relevé les maux, sans véritablement s'y attaquer.
Et le défi ainsi lancé à travers les recommandations nécessite que l'on dépasse dès à présent le stade de la grisée et du discours au profit de action. Si vraiment on veut que le fruit des États généraux de la justice n'aille pas retrouver la pléthore des rapports des séminaires et autres assises Jusque-là enfouis dans des tiroirs des bureaux des décideurs.
L'autre enseignement, c'est que, contrairement à ce que l'on croit, ce ne sont pas tous les acteurs de la justice gabonaise qui sont frappés d'immobilisme, d'incompétence et d'atonie. Au point où on soupçonne tout le monde de manquer de niveau. Ces États généraux ont donné l'occasion aux hommes de loi et autres auxiliaires de justice de prouver que le reproche relatif à la formation des magistrats et leurs collaborateurs ne devrait pas être généralisé. Comme dans toutes les administrations, on trouve dans l'administration judiciaire aussi bien des lumières que des tocards.
Cependant, il y a quand même lieu d'exprimer un regret : si on considère que l'un des canters qui minent la justice gabonaise est la corruption de certains acteurs qui servent plus la cause des réseaux maffieux au détriment du droit et de la loi. Malheureusement, en parcourant lés recommandations, on découvre que cet aspect n'a pas été assez évoqué. D'où l'inquiétude, à juste titre, de nombre de justiciables quant à l'efficacité du système judiciaire gabonais au lendemain des États généraux. D'aucuns auraient souhaité voir les participants recommander clairement le renforcement des mesures dissuasives et coercitives pour la lutte contre ce mal au sein de ce corps.