LIBREVILLE, 7 déc (AFP) - 10h14 - "Moi, je vote Mariah Carey; les politiciens là, pas la peine, même s'il me payent", jure Pélagie derrière le comptoir de son bar, en brandissant la photo glamour de sa chanteuse américaine favorite, à la une d'un magazine pour midinettes.
A l'image de cette Librevilloise de 22 ans, qui avoue avoir assisté à un meeting électoral "pour l'ambiance et les tee-shirts", la jeunesse de la capitale gabonaise, dorée ou non, ne se passionne guère pour la campagne des législatives dont le premier tour a lieu dimanche.
Trouver un travail surtout, mais aussi faire la fête et voyager en Europe ou aux Etats-Unis, figurent en tête des préoccupations d'une génération sans grandes illusions sur la capacité d'un microcosme politique gabonais un peu figé à changer son quotidien.
Et quand une poignée de vieux opposants purs et durs persistent à les exhorter au boycott pour protester contre "la fraude", ils prêchent quasiment dans le désert face à quelques centaines de militants aux cheveux souvent grisonnants.
Auprès des jeunes, la concurrence des cyber-cafés et des boites de nuit est rude dans la capitale de ce petit pays pétrolier d'un million d'habitants, où les téléphones portables crépitent au rythme intense des rendez-vous galants.
Une délinquance montante et une prostitution occasionnelle, exercée souvent dès le lycée, ont pris le pas sur la revendication des années 1990.
"Là, c'était différent, il y avait le feu", se souvient Joseph, un agent commercial d'une trentaine d'années: les gens croyaient au changement; à un meeting du Père Mba Abessole (NDLR: l'opposant historique du régime devenu maire de Libreville), il pouvait y avoir 40.000 personnes. Aujourd'hui, ils sont combien?".
Confronté à une forte poussée de fièvre contestataire au début des années 1990, le président Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967, a su négocier son Mai 68 en soulevant le couvercle de la cocotte-minute: passage au multipartisme, apparition d'une presse satirique à la dent dure, accords de Paris en 1994...
Tour à tour, les chefs des principaux partis d'opposition ont semblé sans le dire faire le deuil de leurs rêves de conquête du pouvoir à court terme. Ils préfèrent aujourd'hui participer aux affaires du pays pour renforcer leurs structures et préparer l'avenir.
Le Père Paul Mba Abessole, élu maire de la capitale en 1996, a pris du ventre et prône désormais une "démocratie conviviale".
Au sud, l'avocat, jadis marxiste, Pierre-Louis Agondjo, a mis aussi un peu d'eau dans son vin de palme. Il s'est fait élire l'année dernière maire de la frondeuse capitale pétrolière Port-Gentil, avec l'appui du parti au pouvoir.
"Ils ont tous été manger la soupe de la convivialité à la présidence. Leurs discours se confondent; alors majorité ou opposition, on ne voit plus bien la différence; on est un peu déçus", explique Hervé, 25 ans, étudiant en sciences économiques. "De toute façon tout est joué d'avance, alors pourquoi aller voter?", abonde son copain Médar, au foyer de l'Université Omar Bongo.
D'autres se montrent plus prosaïques: "Moi je vais voter, pour mon oncle. C'est normal, il est suppléant", confie Magali. Aristide, 24 ans affiche carrément sa couleur: "Je suis un mercenaire. Si tu veux que je fasse campagne pour toi, tu me donnes d'abord l'argent, parce que je sais qu'une fois élu, tu m'oublieras".
Peu de ces jeunes gabonais finissent tout de même, comme Paul, 24 ans, par invoquer leur "devoir civique". "Quelles que soient les gaffes commises par nos hommes politiques, j'irai quand même voter, explique cet étudiant, parce que je n'aimerais pas qu'on me dise un jour: +tu te plains, mais qu'est-ce que tu a fais pour ton pays?+".
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