Le chef de l'Etat, en reprenant lui-même en main les négociations entre le gouvernement et les partenaires sociaux, la hâté la concrétisation de ce pacte social historique, afin de créer un climat social propice au retour de la croissance.
Jean Christian KOMBILA
POUR la première fois le gouvernement et les partenaires sociaux, ont signé une trêve sociale, vendredi 26 septembre. Lancée par le chef de l'Etat, M. Omar Bongo, le 22 août, au palais de la présidence de la République, cette idée a donc reçu la forte adhésion du patronat et des syndicats des travailleurs du pays. A l'exception d'un seul, la Force de réflexion et d'action pour l'enseignement supérieur (FRAPES), qui s'est marginalisé pour marquer sa différence.
Cependant aux yeux de l'opinion nationale, la signature de cette trêve sociale est perçue comme un évènement historique d'autant qu'elle intervient dans un contexte particulier, marqué par une profonde crise économique et financière que vit l'Etat, à cause de la diminution vertigineuse de la production pétrolière. Principale ressource du budget de l'Etat, celle-ci est passée de 18,5 millions de tonnes en 1997, à 12, 6 millions de tonnes en 2002.
A côté de cela, les perspectives de découvertes de nouveaux gisements pétroliers d'ici les cinq prochaines années suscitent de réelles inquiétudes partagées dans le pays, à cause de ce que la production du baril risque de chuter dangereusement entre 6 et 7 millions de tonnes. Si ce n'est déjà le cas. Or, nul n'ignore la part considérable des ressources pétrolières dans le budget de l'Etat..
Peu enclin à s'exprimer dans les médias, le ministre d'Etat, ministre de l'Economie du Budget et de la Privatisation, a été porté à le faire devant les journalistes pour expliquer la situation actuelle accablante des finances publiques. Paul Toungui l'a surtout fait à l'adresse des partenaires sociaux en présence du chef de l'Etat et des plus hautes autorités du pays.AJUSTEMENT STRUCTUREL • Deux semaines plus tard, le ministre de l'Economie et des Finances avait encore été amené à se prêter au même exercice de pédagogie répétitive lors de la plénière de ces négociations, au palais des Conférences internationales de la Cité de la Démocratie. Tout en affichant un optimisme prudent quand a l’avenir avec le coin de rideau qui semblait s'être levé avec le FMI à Washington, en vue de la conclusion de cet accord qui s'avère indispensable, il a longuement insisté sur les moindres détails de cette crise financière sans précédent dans l'histoire du pays. Objectif :
Tenter de faire comprendre au patronat et aux syndicats, que dorénavant le gouvernement a une marge de manœuvre extrêmement réduite jusqu'à ce qu'il parvienne à signer un accord pour un programme d'ajustement structurel de trois ans avec le Fonds monétaire international (FMI).
En outre, il avait expliqué que la conclusion de cet accord indispensable qui doit procéder le soutien attendu de l’ensemble de la communauté financière internationale passe avant tout par la mise en place par le gouvernement d'une politique d'austérité qui nécessite de profondes réformes structurelles de l'appareil de l'économie nationale.
En d'autres termes, ces négociations en vue de la trêve sociale, ne devaient pas être le lieu pour les partenaires sociaux, en particulier, les syndicats des travailleurs de venir acculer le gouvernement, en lui demandant de satisfaire leurs attentes récurrentes aux quelles le cabinet Ntoutoume Emane II tarde à répondre.
Paradoxalement, au cours de ces négociations entre le gouvernement et les partenaires sociaux, on a vu naître une offensive du mouvement social avec des syndicats de travailleurs qui ont mis sous le boisseau leurs revendications particulières pour s'accorder sur l'essentiel. Ainsi, ils ont saisi cette occasion pour réclamer en particulier une augmentation du SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) et une amélioration de leurs conditions de vie et de travail.
Le fait de voir des syndicats souvent opposés entre eux se constituer en un bloc solide est un fait nouveau et spectaculaire. Avec d'un côté des partenaires sociaux avec leur chapelet de doléances et demandant une politique plus interventionniste de l'Etat pour corriger les inégalités sociales et réduire la pauvreté, de l'autre le gouvernement contraint de revenir à une politique de rigueur et de réduction drastique des dépenses, ces négociations ont longtemps achoppé sur ce point du SMIG. La date butoir du 16 septembre, à laquelle devait prendre fin ces discussions, a même largement été dépassée.
Aux yeux des travailleurs cette trêve sociale ne devait pas être un chèque en blanc au gouvernement. Certes, la politique d'austérité doit se poursuivre, mais ils n'entendent pas accepter que cette réforme de l'appareil de l'économie se fasse à leur détriment, par la ruine de leurs avantages sociaux. C'est ce message que traduisaient leurs hésitations. Mieux, à leurs yeux seul le retour du chef de l'Etat dans l'arène pour conduire lui-même ces négociations devait leur garantir le succès.PACTE DE STABILITE * Le président de la République a dû le faire, en reprenant les choses en main. Omar Bongo a hâté son retour au pays, alors qu'il se trouvait en visite privée à l'étranger. Dans la foulée, s'est tenu un Conseil des ministres, samedi 19 septembre, consacré à cette question sociale et aux négociations avec le FMI. Puis, il a reçu les partenaires sociaux, auxquels il n'a rien caché sur les difficultés actuelles du Pays.
Le chef de l'Etat a défendu la nécessité d'un climat social apaisé dans le pays pour conduire les réformes de l'économie jusqu'au bout. Puis, le président Bongo a écouté le patronat et les syndicats. Ces derniers ont plaidé pour un geste fort ayant valeur de symbole, de la part du gouvernement. C'était un pari a tenir pour obtenir des travailleurs attachés au Pacte des Nations unies relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qu'ils renoncent à la conquête de leurs droits sociaux pour les trois années à venir.
Dans ce Pacte, entré en vigueur en 1976, et complété par les conventions de l'Organisation internationale du travail, on y trouve, entre autres, la reconnaissance, assortie de garanties, du droit à l'emploi et à des conditions de travail justes et favorables, du droit à la sécurité sociale, à un niveau de vie suffisant, y compris une nourriture et un logement décent. Le président de le République a dû mettre tout son charisme en jeu, afin d'obtenir des partenaires sociaux qu'ils renoncent à la conquête de leurs droits sociaux. Cette descente du président Bongo dans l'arène, marque, enfin, le retour du politique.
Celui-ci est illustré par le protocole d'accord signe entre Ie gouvernement et les partenaires sociaux en vue de la trêve sociale. Au-delà, il s'agit d'un Pacte de stabilité du pays qui ne dit pas son nom. Entre autres, le chef de l'Etat a en engagé le gouvernement à réduire e 15% le prix des produits de première nécessite partout sur le territoire national.