LE football gabonais, et notamment la Fédération gabonaise de football vont-ils enfin connaître la sérénité ? En tout cas nous le pensions, surtout après la mise en place d'un nouveau bureau et le récent passage, dans notre pays, d'une mission de la Fédération internationale de football association (Fifa).
Par l'entremise de ses deux émissaires, Pascal Torres et J.M. Benezet, la Fifa nous indiquait la voie à suivre: la formation des jeunes, talon d'Achille de notre football. L'organisme du football mondial ne s'est pas contenté de faire ce diagnostic implacable, elle a mis la main à la poche pour la construction, d'ici a la fin de l'année, d'un centre d'entraînement ultramoderne à Libreville. Mais on attend toujours, de la part des autorités, un terrain pour l'érection de ce centre...
Nous nous sommes donc mis, malgré tout, à rêver d'un monde meilleur pour notre football. Surtout qu'entre-temps, la nouvelle fédération avait ris un certain nombre d'initiatives de nature à relancer notre football, et à impulser un élan de renouveau. On n'attendait plus que la sortie des sentiers battus. Malheureusement, nous venons d'être tirés de nos rêveries par des sons discordants (déjà ?) au sein même
du comité directeur de la Fégafoot. Les échanges épistolaires de ces derniers jours montrent clairement qu'entre le président de la Fegafoot, Léon Ababé, et son secrétaire général, Alexandre-Désiré Tapoyo, "le courant ne passe plus", il y a comme de l'eau dans le gaz.
Le premier reproche au second un comportement frisant l'insubordination et la défiance, sans compter les crocs-en-jambes et autres volte-faces. Et sans doute pour éviter le pourrissement et par voie de conséquence, une atonie du poste-clé que constitue le secrétariat général d'une fédération, le président a donc choisi de muter M. Tapoo. Ce dernier se dit "surpris" et parle de décision anti-statutaire". Pour lui en tout cas, il n'est pas question de quitter son poste, puisqu'il a été élu secrétaire général. Il entend donc le rester en s'appuyant sur les statuts et le règlement intérieur.
Naturellement cet argumentaire est de nature à créer la confusion dans les esprits. Aussi pour éviter tout malentendu, la Fégafoot a-t-elle cru bon de recadrer le contexte.
Dans un "Communiqué de presse" dont copie nous est parvenue, la Fégafoot rappelle que le vote n'a jamais été uninominal. C'est un vote par liste et que le seul qui sache exactement quelle position sera la sienne est la tété de liste désignée de facto président, si la liste remporte la majorité des suffrages.
«les missions et responsabilités dévolues par la suite aux autres membres du comité directeur incombent exclusivement au président après entretiens individuels ...», précise la Fégafoot.
En effet, avant l'élection de Placide Dieudonné Engandzas, le vote était effectivement uninominal. Mais on s'était très vite rendu compte que ce système n'était pas bon. Simplement parce que, chacun des membres composant le comité directeur étant élu par l'assemblée générale, il n'avait donc de compte à rendre qu'à...l'assemblée générale. Et encas de faute, on ne pouvait donc le sanctionner et encore moins le limoger.
Il faut avouer que ce vote uninominal, outre qu'il affaiblissait l'autorité du président de la fédération, fut un frein à la bonne marche d'une fédération, la peur d'être sanctionné ayant disparu.
C'est donc pour éviter cela que de nombreux sportifs, et nous avec avaient opté pour le vote par liste. Ici seul le président est élu sur la base d'un programme. Ensuite il compose son bureau, avec les yens qui lui conviennent. Et même s'il faut relativiser les choses à cause de la politisation du sport gabonais et le chantage des clubs qui veulent à chaque fois prendre en otage la fédération en introduisant "des vers dans ce fruit juteux", force est de constater que ce mode d'élection permet au président élu de maîtriser son groupe. Et surtout de pouvoir sanctionner ceux qui ne font plus sa politique.
En choisissant de répondre du tac au tac et par voie de presse à son président, M. Tapoyo apporte une preuve supplémentaire aux accusations de défiance du président formulées contre lui. Pour la cohésion du groupe, le bon sens aurait voulu qu'il se tût. Surtout que, comme le précise d'ailleurs la Fégafoot : «Il ne s'agit ni plus ni moins que d'un simple réaménagement au sein du bureau directeur, comme il s'en est déjà produit et comme il pourrait encore sen produire, sans que cela ne soi à tort, perçu comme une marque d'instabilité ou de chasse aux sorcières». Comme on le voit M. Tapoyo n'est donc pas exclu, mais appelé à servir à un autre poste.
C'est vrai que cela fait un peu désordre de changer de secrétaire général après seulement cinq mois. mais que faire quand on se rend compte qu'on a commis une erreur de casting ? Il faut naturellement éviter que l'erreur ne se transforme en faute. «La force d'une organisation, c'est de se remettre en cause et d'avoir le courage de rectifier le tir si tant est qu'elle court le risque de dévier des objectifs initiaux», précise, une fois de plus, la Fégafoot. Au delà de toute querelle et au moment où le poste de secrétaire général va être professionnalisé, M. Tapoyo, informaticien au ministère des Mines ne peut en toute logique continuer d'occuper ce poste. A moins de mettre une croix sur les Mines, ses filons juteux... et les fonds communs, pour un poste de bénévole à la Fégafoot ! Mais encore faut-il bénéficier de la confiance totale du président. Ce qui, convenons-en, est loin d'être le cas.