Des nouvelles nous parvenant de patriotes ayant pu parler personnellement à l'Abbé Noël Ngwa aujourd'hui à 15 heures (heure de Paris) font état de sa libération vendredi 19 novembre 2004 dans la nuit.
L'Abbé Noël Ngwa Nguema avait été effectivement brutalement arrêté jeudi 18 novembre, non pas à son domicile comme nous l'annoncions précédemment, mais à sa Paroisse de Nzeng Ayong au milieu de ses paroissiens, et emmené menoté par un colonel de la PJ du régime, pour être interrogé du jeudi 18 au vendredi 19, avant d'être relâché vendredi soir à 19 heures. Durant sa détention, l'Abbé Noël Ngwa n'a eu droit à aucune visite, et a été privé de nourriture.
Monseigneur Basile Mvé, Evêque suprême du Gabon, aurait tenté en vain de prendre contact avec son prêtre, mais les autorités policières, qui détenaient illégalement et sans mandat d'arrêt l'Abbé Noël Ngwa, l'auraient rudement éconduit.
De nouvelles informations obtenues au cours des dernières heures confirment que Marc Saturnin Nang Nguema aurait également été entendu par la policie judicaire dans le cadre de cette affaire. Marc Saturnin Nang Nguema est le neveu de l'Abbé Noël Ngwa. Ancien Secretaire général de l'OPEP, et ancien président de l'ex PLD (Parti Libéral Démocratique) issu de la Conférence nationale de 1990, il fut candidat malheureux à l'élection présidentielle très disputée de 1993, élection frauduleusement volée par Omar Bongo.
Toutes les personnes entendues dans cette affaire semblent l'être dans le cadre de la rumeur de complot armé dont le régime les accuse. Les personnes interrogées sont accusées de détention d'armes en vue de préparer un coup d'Etat contre le régime Bongo. La libération des prévénus ne serait pour le moment qu'une libération provisoire. Les autorités leur auraient commandé de rester à la disposition de la Police Judiciaire.
Ce type d'accusations fantaisistes rappelle avec effroi le régime Bongo des années 80, qui accusait les citoyens encombrants de comploter des coups d'état, justifiant ainsi leur arrestation et leur mise à l'écart. De nombreux citoyens ont ainsi péri secrètemet dans les géoles du régime, quand ils n'étaient pas tout simplement kidnappés, puis assassinés dans les forêts protégées qu'Omar Bongo utilise secrètement comme des camps de concentration et d'assassinats de personnes gênantes.
Rappelons qu'un certain Hervé Opiengah avait été arrêté lundi dernier au boulevard du bord de mer alors qu'il était à la tête d'une marche de protestation pacifique réclamant la légalisation de son parti. De même, l'Abbé Noël avait été, le 21 août 2003, agressé physiquement par Omar Bongo lui-même, échappant de justesse grâce à l'intervention d'un ministre à la furie du dictateur furieux qui voulait lui faire personnellement la peau.
Il apparaît donc que le régime Bongo sombre de plus en plus dans une humeur dictatoriale, non seulement en ramenant la constitution gabonaise à une constitution consacrant le parti unique de fait, mais également en pratiquant sans discontinuer la censure des journaux et les arrestations de plus en plus nombreuses de Gabonais osant ouvertement critiquer le régime.
L'arrestation de l'Abbé Ngwa est le troisième incident de dictature que le pays traverse en une seule semaine. En dehors de l'arrestation de Hervé Opianga lundi 15 novembre, de l'Abbé Noël mardi 16 novembre, l'on se souviendra de l'interdiction d'émettre qui a frappé, le 12 novembre, RTN (Radio télévision Nazareth) et les radios Bethel et Bonne nouvelle. Le régime les aurait accusées d'irresponsabilité dans le reportage des informations et d'existence illégale en dehors du cadre fixé par la loi.
Il est également à noter que Jacque Essia, Simplice Nze Nguema, Charles Angoué et Bilie Emmanuel, qui ont des liens de parenté avec Marc Saturnin Nang Nguema, sont incarcérés sans jugement depuis le 26 octobre. Ils sont, en compagnie d'un employé malien de Marc Saturnin Nang Nguema dénommé Mamadou, détenus dans le secret le plus total, sans que rien ne soit fait pour clarifier leur situation.
A l'université Omar Bongo, Raoul Ovono Abessolo, Roland Mbadinga Koumba, et Guy-Roger Ngogho-Ngogho, trois étudiants leaders du syndicat universitaire FORCE (Fraction organisée pour la restauration de la conscience étudiante), avaient été illégalement incarcérés par le régime en mai dernier, parce qu'ils avaient osé demander l'amélioration des conditions de vie et de travail au sein de l'univeristé. Cela fait 6 mois que leur sort reste indéterminé.
Des membres du BDP-Gabon Nouveau, parti exilé qui veut le démantèlement immédiat et sans conditions du régime Bongo, avaient eux aussi été détenus en 2003 pendant trois mois du 3 juillet au 1er Octobre, incarcérés sans jugement par le régime Bongo pour avoir collé des affiches BDP à Libreville. Ils furent accusés d'atteinte à la sécurité intérieure de l’état et outrage à chef d’état.
La dérive dictatoriale du régime Bongo se trouve ainsi confirmée, surtout quand on sait que Reporters sans frontières (RSF) dans son rapport annuel 2004, avait fait état d'un redoublement des arrestations, censures et privations de la liberté d'expression au Gabon. Il ne fait donc aucun doute que le Gabon vit maintenant à l'heure d'une dictature qui n'hésite plus à arrêter et censurer tous ceux qui ne chantent pas la chanson du dictateur gabonais Omar Bongo.