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Dénouement provisoire dans l'affaire des caches d'armes de l'Abbé Noël Ngwa
Auteur:  BDP Presse  | Date: 21 Novembre 2004  | Réactions ()
Section: Politique  | Source: BDP Presse

Les suites de l'affaire rocambolesque qui a vu l'Abbé Noël Ngwa se faire arrêter jeudi 18 novembre, se faire remettre en liberté le 19 novembre, puis recherché de nouveau pour arrestation le dimanche 21 novembre 2004 vient d'accoucher d'une souris, du moins provisoirement.

La fameuse cache d'armes détenue par l'Abbé Ngwa a effectivement été retrouvée. Son contenu: deux vieilles armes à feu rouillées qui avaient été mises à la disposition des leaders politiques chefs de partis à l'issue de la Conférence nationale de 1990 pour la protection de Marc Saturnin Nang Nguema, alors président du PLD (Parti Libéral Démocratique). Un de ses cousins les avait chez lui dans sa chambre comme simple relique sans munitions et inutilisables depuis ce temps, du moins pas à des fins de guerre civile. C'est, semble-t-il, tout ce que la police a pu trouver lors de ses rocambolesques fouilles à rebondissements.

L'entrevue entre l'Archévêque Basile Mvé, accompagné des ministres Miyakou et Obame, et Omar Bongo, n'a rien donné qui puisse jeter de la lumière sur cette affaire sortie des films de science-fiction. Curieusement, la rumeur dit que les officiers de la Police judiciaire qui auraient procédé aux arrestations et aux fouilles auraient tout nié en bloc, refusant d'admettre le fait d'avoir essayé d'arrêter le prêtre alors qu'il était en pleine cérémonie de consécration à la Cathédrale Sainte-Marie de Libreville.

A 23h40, heure de Paris, l'Abbé Noël Ngwa avait finalement quitté l'Archevéché où il s'était réfugié, et regagné son domicile. Sa compagne Odile et sont également rentrés à la maison.

A l'approche des élections présidentielles de décembre 2005, il semble qu'un vent de panique a commencé à souffler au sein du régime Bongo. Arrêter un prêtre pour complot et tentative de coup d'état à cause de deux vieux fusils rouillés datant de 1990 semble être un acte des plus étonnants.

Tout comme est étonnant le fait d'avoir, lundi dernier, mis en prison Hervé Opiengah, Directeur général de la société de gardiennage Vigile Service, sous prétexte qu'il avait été retrouvé en sa possession, sur lui et à son domicile, un fusil d'assaut, trois pistolets automatiques, une grenade, un fusil introduit "illégalement" sur le territoire gabonais, ainsi que d'importantes quantités de munitions. La question que beaucoup se poseront est la suivante: qu'y a-t-il de si surprenant à trouver le chef d'une société de gardiennage en possession d'armes? Vu que le but premier d'une telle compagnie est justement d'importer légalement des armes et d'armer ses employés servant de vigiles pour la protection de ses clients, en quoi ce type de possession d'armes devrait-il devenir synonyme de complot contre le régime Bongo? Arrêter Hervé Opiengah, dans ces conditions, cache d'autres vérités, qui elles tournent autour du simple fait qu'il avait osé organiser une manifestation politique anti-Bongo devant la présidence de la république, où il avait rassemblé 300 manifestants pour réclamer la légalisation de son parti, l'Union démocratique et insertion sociale (Udis).

Si la possession d'armes devient illégale au Gabon, cela veut-il dire qu'Oamr Bongo va dissoudre toutes les entreprises de gardiennage qui existent au Gabon, y compris les siennes propres et celles que dirigent les membres de son régime? Il y a dans cette affaire un flou qui cache à peine la panique du régime Bongo, à un moment où ce régime se sent totalement rejeté par la population gabonaise.

L'Abbé Noël Ngwa vient de subir des persécutions politiques qui annoncent tout simplement le début de la consolidation de la dictature d'Omar Bongo. Les arrestations et persécutions de personnes gênantes ne font donc que commencer, car ce que Bongo veut, c'est créer un contexte de terreur qui empêchera les quelques "opposants" qui restent d'exprimer publiquement leur opposition, s'assurant ainsi une "réellection" tranquille en décembre 2005.

Le type d'accusations fantaisistes dont l'Abbé Ngwa vient de faire l'objet rappelle avec effroi le régime Bongo des années 80, qui accusait les citoyens encombrants de comploter des coups d'état, justifiant ainsi leur arrestation et leur mise à l'écart. De nombreux citoyens ont ainsi péri secrètemet dans les géoles du régime, quand ils n'étaient pas tout simplement kidnappés, puis assassinés dans les forêts protégées qu'Omar Bongo utilise secrètement comme des camps de concentration et d'assassinats de personnes gênantes.

L'Abbé Noël Ngwa Nguema, Rédacteur-en-Chef des journaux Misamu (baillonné depuis un an par le pouvoir) et Sub-Version (lui aussi interdit), avait déjà été, le 21 août 2003, agressé physiquement par Omar Bongo lui-même, échappant de justesse grâce à l'intervention d'un ministre à la furie du dictateur furieux qui voulait lui faire personnellement la peau.

L'arrestation de l'Abbé Ngwa était le troisième incident de dictature que le pays a traversé en une seule semaine. En dehors de l'arrestation de Hervé Opiengah lundi 15 novembre, de l'Abbé Noël mardi 16 novembre, l'on se souviendra de l'interdiction d'émettre qui a frappé, le 12 novembre, RTN (Radio télévision Nazareth) et les radios Bethel et Bonne nouvelle. Le régime les aurait accusées d'irresponsabilité dans le reportage des informations et d'existence illégale en dehors du cadre fixé par la loi.

A l'université Omar Bongo, Raoul Ovono Abessolo, Roland Mbadinga Koumba, et Guy-Roger Ngogho-Ngogho, trois étudiants leaders du syndicat universitaire FORCE (Fraction organisée pour la restauration de la conscience étudiante),  avaient été illégalement incarcérés par le régime en mai dernier, parce qu'ils avaient osé demander l'amélioration des conditions de vie et de travail au sein de l'univeristé. Cela fait 6 mois que leur sort reste indéterminé.

Des membres du BDP-Gabon Nouveau, parti exilé qui veut le démantèlement immédiat et sans conditions du régime Bongo, avaient eux aussi été détenus en 2003 pendant trois mois du 3 juillet au 1er Octobre, incarcérés sans jugement par le régime Bongo pour avoir collé des affiches BDP à Libreville. Ils furent accusés d'atteinte à la sécurité intérieure de l’état et outrage à chef d’état.
 
La dérive dictatoriale du régime Bongo se trouve ainsi confirmée, surtout quand on sait que Reporters sans frontières (RSF) dans son
rapport annuel 2004, avait fait état d'un redoublement des arrestations, censures et privations de la liberté d'expression au Gabon. Il ne fait donc aucun doute que le Gabon vit maintenant à l'heure d'une dictature qui n'hésite plus à arrêter et censurer tous ceux qui ne chantent pas la chanson du dictateur gabonais Omar Bongo.

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